• Jour 33 : Le Bonhomme Blanc (Fin)

     J'avançais prudemment dans le mince corridor de pierre, la lueur rougeâtre, qui semblait sortir des paroi, variait d'intensité à une fréquence régulière, comme soumise aux pulsations morbide d'un cœur, cet endroit faisait peut être parti du monstre.

    Ma petite lampe m'était d'une grande utilité, le sol était glissant, par moment d'énormes trous, comme des bouches béantes, s'ouvraient sur un abîme sans fin.

    Il régnait ici un silence presque assourdissant, à chaque virage ou recoin sombre de la roche, je m'attendait toujours à voir surgir ce visage de cauchemar, j'imaginait le Bonhomme Blanc tapis, à l'affût, me laissant croire qu'il ne m'avait pas senti le suivre pour mieux profiter de ma terreur au moment où il m'attraperait.

    Le couloir s'agrandissait maintenant, sur le sol, une des chaussures de Franck, elle était couverte de sang.

    Je n'était plus très loin maintenant, les pulsations de lumière allaient plus vite, comme si l'excitation du monstre montait en puissance. Ce détail ne fut pas pour me rassurer d'avantage.

    Le monstre était sous mon lit et tentait de m'attraper, il allait bientôt y arriver, je voyais sa main se tendre, j'imaginais déjà ses ongles noirs déchirant ma chair, broyant mes os. Mon père entra dans la chambre, armé d'un fusil. Sur son visage se lisait une fureur que je ne lui connaissait pas. Il arma, visa et tira. Un seul coup suffit à faire exploser la tête de la créature. J'était sauvé.

    Alors que je sauté dans les bras de mon père, avec un soulagement indescriptible, celui ci déposa un baiser sur mon front, blotti au creux de ses bras, je plongeait dans un sommeil profond.

    Un grattement me réveilla en sursaut et me tira de la douce chaleur de mon rêve.

    La réalité me revint au visage à la vitesse d'un train de marchandise.

    Mon père n'était pas venu pour me sauver, il n'avait rien pu faire et le monstre m'avait bel et bien attrapé. J'ouvris les yeux.

    Je me trouvais dans une sorte d'immense caverne, dont la voûte semblait s'élever à au moins une centaine de mètres. Je me trouvait dans une sorte de cage, dont les barreau étaient fait d'ossements, de petits ossements, des os d'enfants. Rien ne semblait relier les os, ils étaient comme articulé tous ensemble, formant un squelette de cage.

    La pièce brillait d'un rouge visqueux, il y avait juste assez de lumière pour deviner son contour. Sur le sol, vêtements, chaussures, ayant appartenu à des milliers d'enfants, je n'était sûrement pas le premier. Ca et la on trouvait des bouts d'os, un crane me fixait depuis l'autre bout de la pièce, dans un éternel sourire semblant me dire : « Bienvenu ! ».

    J'attrapais les « barr-os » de ma cage et tenta d'ouvrir cette dernière, elle ne semblait pas avoir d'entrée, pourtant il avait bien fallu me mettre dedans, donc je devrait trouver la sortie. Rien a faire, aucune charnière, aucune serrure, rien.

    J'entendis de nouveau un grattement, venant de ma droite, rien, juste un recoin sombre. Soudain deux yeux rouges vifs me fixèrent depuis l'obscurité. Un léger grognement se fit entendre. Le monstre sorti de l'ombre et je pu le contempler pour la première fois.

    J'éteignit ma lampe, la lumière était assez forte pour y voir dorénavant.

    Devant moi, la caverne, elle semblait ne pas avoir changée, toujours aussi vaste et pourtant étouffante. Le corps de Franck était avachi en plein milieu de la pièce, aussi mort que peut l'être quelqu'un qui vient de se faire égorger. Sur son visage je pouvais deviner la terreur qu'il avait eu lors de sa rencontre avec mon cauchemar.

    Du sang coulait encore de sa jugulaire, ses dernières gouttes de vie qui s'en allaient.

    Mais aucune trace du monstre, était-ce un piège ?

    Les pulsation de lumières étaient de plus en plus fortes à présent, comme si la créature attendait le dernier moment pour passer à l'action, histoire de faire durer le plaisir.

    Prenant le peu de courage, ou était-ce de la folie, qui me restait, je m'avançait dans la pièce. Sous mes pas, des milliers de petits os craquaient et manifestait leur mécontentement d'être troublés dans leur repos éternel. Il y avait des vêtements aussi, certains semblaient très anciens, cela ne devait faire un moment que le Bonhomme Blanc attrapait des enfants sous leurs lits. J'essayait de me souvenir, comment lui avais-je échappé il y a 16ans, comment lui échapper maintenant ?

    Mais avant d'en avoir la réponse, une main griffue s'empara de ma cheville, je senti la morsure de ces ongles noirs pénétrant et tranchant nerf, muscles et veines. La mains tira et dans un cris de douleur je m'étalais par terre.

    Une rugissement effroyable se fit entendre. Je me retournait, il se dressait devant moi, sur son visage on pouvais lire toute sa jouissance, sa victoire !

    Debout, vêtu de son horrible costume blanc, il me fixait de ses immenses orbites rouges. Une demi dizaine de pompons noirs se soulevaient au rythme de sa respiration.

    Je sentait la chaleur de mon propre sang couler le long de mon pied, j'étais à sa merci.

    Il avançait vers moi, ma fin était proche, impossible de m'enfuir, la cage était trop solide. Je me mis à hurler, à appeler à l'aide, quelqu'un viendrait, il fallait que quelqu'un vienne. Mon regard recroisa celui du crane, qui semblait sourire de plus belle, comme pour me dire : « personne n'est venu pour moi, personne ne viendra pour toi ! »

    J'était seul, définitivement seul, et ce monstre allait me dévorer. La cage s'ouvrit d'elle même, comme si les articulations avaient pris vie. Le monstre tendit une mains horrible vers moi, mais il avait ouvert la cage trop tôt, d'un mouvement vif je pus éviter l'étreinte mortelle qu'il me réservait et parti le plus vite possible en courant.

    Un nouveau rugissement se fit entendre, il semblait rire.

    Je parti en rampant, ma jambe endolorit, bizarrement, je pris la même direction qu'il y a 16 ans, mes souvenirs me revenaient de plus en plus vite, mais toujours pas assez... Le monstre me suivait d'un pas tranquille, comme si cette fois ci, rien ne pourrait me sauver. Mon esprit commençait aussi a s'embrumer, je perdais beaucoup trop se sang.

    Je courrais à en perdre haleine, il fallait que je mette le plus de distance possible entre le monstre et moi, peut être pourrais-je me cacher dans un recoin sombre et attendre que l'on vienne me sauver. Mon pied se pris dans quelque chose, je tombais et me retrouvais face à la petite Isabelle, ou du moins ce qu'il en restait. J'avais vu sa photo à la télé, une petite fille avec de jolie nattes blonde et une visage de poupée. Ses natte maintenant étaient couverte de sang séché et de boue, son visage, partiellement dévoré semblait s'étirer en un rictus démoniaque, elle aussi était morte, il l'avait eu.

    Un nouveau rugissement se fit entendre derrière moi, plus prés. Je me relevais, a peine conscient de l'image que je venait de voir, et repris ma course.

    Soudain il fut là, celui qui pourrait me sauver, Spider-Man. La petite figurine avait été jetée négligemment sur le sol dans une posture qui, dans d'autres circonstances, aurait pu être comique. Je me précipitait vers lui. Une fois entre mes mains, je senti comme une force retrouvée, nous étions de nouveaux tous les deux, et il me protègerait.

    Le rugissement que j'entendit cette fois-ci n'était pas un cri de victoire, mais plutôt un son qui reflétait la peur et la colère en même temps.

    Alors que je me retournais, serrant bien fort mon super héros entre mes petits bras, je vis la créature raide devant moi, il s'était arrêté, et me fixait. Ses yeux exprimé une sorte de perplexité, il n'osait pas avancer. C'était ma chance, prenant mon courage à deux mains, je tendis la figurine en plastique droit devant moi, comme le ferait un chasseur de vampire avec un crucifix. Le monstre sembla hurler de douleur et se recroquevilla sur lui même, je parti en courant vers le petit couloir de pierre, seule sortie de la pièce. Au bout d'un temps qui sembla un vie entière, j'arrivait à la fin du couloir, à chacun de mes pas dans le boyau, je m'attendais à ce qu'une main griffue s'abatte sur mon épaule, mais rien de tout cela n'arriva. Passant par une petite ouverture, je me retrouvait sous mon lit, dans ma chambre, mes parents hurlaient mon nom, j'était sauvé.

    Alors que mes souvenirs étaient enfin revenu, une sorte de désespoir s'empara de moi, si Spider- Man m'avait sauvé autrefois, il n'était pas avec moi aujourd'hui.

    La peur s'empara alors de moi et j'entendit ce rugissement de victoire qui semblait s'abattre sur tout mon être.

    Je compris alors une chose, qui fait que je suis encore la pour vous raconter mon histoire, ce n'était pas Spider-Man qui m'avait sauvé dans cette caverne il y a 16 ans, le pouvoir qu'il avait eu c'était de m'enlever mes peurs, la créature tire son pouvoir de la peur qu'il induit. C'est pour ça qu'il passe autant de temps sous un lit avant d'attraper un enfant, c'est le temps de faire monter la peur à son paroxysme, pour lui donner la force nécessaire pour l'attraper.

    Si ce monstre tire son pouvoir de la peur, alors on peut le vaincre, a condition d'avoir un peu de courage.

    Je repensa très fort à Spider-Man, non pas au héros, mais au sentiment que j'éprouvait en sa présence, cette impression que rien ne pourrait m'arriver, qu'il serait la pour me protéger.

    Un léger changement s'opéra sur le visage de la créature, comme si la peur la prenait à elle.

    Je concentrais tout mon esprit sur ce sentiment de sécurité, de bien être, le monstre poussa un nouveau rugissement mais de détresse, car je retrouvait peu à peu mon ame d'enfant, et je n'avais plus peur.

    Dans un cris de douleur, le monstre se recroquevilla et sembla vaciller, les lumières rouges battaient à un rythme infernal, il se mit à rapetisser jusqu'à ne plus être q'un minuscule grain de poussière.

    Je repris le chemin de ma chambre d'hôpital, mes yeux se troublaient sous l'effet de l'hémorragie, boitant le plus vite possible, je réapparus sous mon lit, un profond soulagement me fit presque perdre connaissance.

    Le monstre était vaincu, pour le moment, il lui faudra du temps pour accumuler assez de peur pour redevenir celui qu'il était, mais je sais qu'il reviendra.

    Alors faite attention, un jour ou l'autre, vous entendrez aussi les grattements en pleine nuit, le Bonhomme Blanc attendra son heure...


  • Commentaires

    1
    Mercredi 23 Août 2006 à 13:42
    Hommage
    C'est la fin de l'histoire du Bonhomme Blanc, en grande partie inspirée des souvenirs d'une petite fille qui est maintenant devenue un grande amie... Un petit hommage aussi à Stephen King, dont j'ai essayé d'adapter le style, mais je n'ai pas la prétention de dire que j'y suis arrvé. Un petite pause horrifique qui s'achève, le Journal va maintenant reprendre une activité normale. Dazed.
    2
    Mercredi 23 Août 2006 à 23:32
    Wow !
    Putain. Que j'aime venir lire ton blog ! Continue comme ça, je resterai un de tes plus fidèle lecteur :)
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